L'ARCHITECTURE DE L'EGLISE SAINT-PAUL

L'église Saint-Paul fut cons­ truite entre 1892 et 1897 par l'archi­tecte alsacien Louis Muller (1842-1898). Elle est actuellement inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Bâtie dans un style néo-gothique particulièrement élégant, dont cer­tains ont trouvé -sans doute à tort- qu'elle s'inspirait de l'égli­se Sainte-Elisabeth de Marburg, en Hesse (du XIIIe siècle), ses deux flèches s'élèvent à 76 mètres de hauteur au confluent de l'Ill et de l'Aar, donc à un emplacement très bien choisi au centre du nouveau quartier qui se développa au début du siècle à l'époque allemande.

Pour des raisons financières dues à des difficultés rencontrées lors de l'exécution des fondations, la nef, de 20 mètres de hauteur, a dû être raccourcie d'une travée par rap­port au projet initial, ce qui donne à l'en semble de l'édifice l'aspect caractéristique d'une église en forme de croix grecque, le transept étant aussi important et aussi large (15 mètres) que les trois travées de la nef.

La silhouette extérieure de l'égli­se est très équilibrée. A l'intérieur, on est frappé par une grande har­ monie et une pureté de lignes don­ nées par la galerie sculptée en grès qui ceinture l'ensemble. Elle court le long de la tribune du grand orgue, des tribunes latérales et du transept, de la "loge de l'Empe­reur" -où se trouve le petit orgue de chœur- et de la "loge des offi­ciers généraux" qui lui fait face, enfin sur toutes les colonnettes ornant le fond de l'abside.

Le grand nombre des portes, caractéristique de cette église pro­ testante de garnison, devait per­mettre la circulation dans l'ordre et l'évacuation rapide des nom­breuses unités de l'armée (environ 2 000 places au total), qui tenait alors une grande importance dans la ville. L'église catholique de gar­nison, Saint-Maurice, est plus petite, compte tenu du rapport numérique des membres des deux con­fessions.

Derrière le chœur se trouvaient une sacristie et une chapelle axiale, qui furent détruites pendant la dernière guerre et remplacées par un bâtiment à usage de foyer parois­sial et de logement pour le sacris­tain.

Depuis la table de la communion, la présence invisible du Christ  éternel accueille les fidèles, les invitant au repas pascal.

Depuis la table de la communion, la présence invisible du Christ éternel accueille les fidèles, les invitant au repas pascal.

VITRAUX ET VERRIERES

Est-ce une chance que la guerre n'ait pas épargné cette église d'ori­gine militaire, qu'une bombe soufflant les verrières Nord et Ouest nous ait valu les remarquables compositions décoratives de la rosace Ouest et le superbe élan de foi des nouveaux vitraux du chœur? Bien certainement.

Des verrières d'origine, il sub­siste les rosaces Est et Sud et les fenêtres de la nef blessées par la grèle de 1958. Ce tapis de "grisail­le" qui laissait pénétrer une lu­mière à l'origine dorée, était très typique du XIX9 siècle finissant et les spécialistes disent en raffoler.

Juste au-dessus des tribunes cou­rait une série de blasons somptueu­sement armoriés présentés par des valets d'arme casqués : en plus des armes personnelles de l'empereur Guillaume II et de l'impératrice, celles de tous les royaumes, principautés, grands-duchés, duchés et villes libres d'Allemagne remplis­saient 28 panneaux. Il en reste 7, l'empire, la Prusse, la Bavière, le Bade, la Saxe, le Mecklembourg et l'Alsace sous la rosace du transept Est.

COMPOSITION DES VITRAUX DE CHŒUR

Les 5 verrières, œuvre du frère Eric de Saussure de la Commu­nauté de Taizé, réalisées par les ateliers Werlé de Haguenau en 1946 racontent l'histoire du Salut. Elles composent un ensemble con­vergeant vers le Christ en gloire, dans la mandorle (encadrement en forme d'amande) centrale. Les lu­nettes, ou petites rosaces supé­rieures, donnent le thème de chaque vitrail. A gauche, l'Ancienne Alliance, résumée par le double panneau de la Genèse, puis par le second doublet des Rois d'Israël et des Prophètes. A droite, la Nouvelle Alliance, exprimée dans la ver­rière de l'Eglise primitive, puis dans celle de l'Apocalypse.

Les deux à droite exposent les Actes des Apôtres et l'aboutissement final de l'histoire du sal ut d'après le Nouveau Testament. Les lunettes supérieures évo­ quent le thème de chaque vitrail.

Les deux à droite exposent les Actes des Apôtres et l'aboutissement final de l'histoire du sal ut d'après le Nouveau Testament. Les lunettes supérieures évo­ quent le thème de chaque vitrail.

Les cinq verrières du  chœur  sont l'œuvre du  frère Eric de Saussure de la commu­ nauté  de Taizé. Les deux  de gauche  représentent les scènes de l'histoire du  salut dans  l'Ancien Testament.

Les cinq verrières du chœur sont l'œuvre du frère Eric de Saussure de la commu­ nauté de Taizé. Les deux de gauche représentent les scènes de l'histoire du salut dans l'Ancien Testament.

LA GENESE (premier vitrail)

Dans la lunette en haut, les Tables de la Loi. Panneau de gauche : Lucifer précipité du haut du ciel, puis plus bas, Adam et Eve, affligés, quittent l'Eden. Le serpent est présent. Mais Dieu fait la paix avec ses créatures. Noé et l'arc-en­ ciel symbolisent l'Alliance et la réconciliation. Ce panneau des commencements est marqué par l'alpha. Sous la lutte de Jacob avec l'Ange et le Buisson ardent, Abra­ham porte les croyants dans son sein, Moïse rappelle l'exode libéra­teur et Melchisedec tenant à la main la coupe de paix préfigure la communion.

LES ROIS ET LES PROPRETES (deuxième vitrail)

La lunette supérieure, avec la lyre et l'étoile de David, évoque le roi-chantre inspiré. Dans l'œil de bœuf, le chandelier à 7 branches. Le panneau de gauche montre l'Ange sonnant de la trompette. Alors, les louanges de Dieu appar­tenaient au seul "peuple élu", tan­dis que son symétrique, l'ange noir de la 49 verrière, jouant du saxophone, symbolise l'universalité ra­ciale et culturelle du Christ. Plus bas, David jeune danse les Psau­mes, devant la Reine de Saba qui fait hommage à la sagesse de Salo­mon. En fond, le temple de Jérusa­ lem. En bas, le poisson de Jonas. Dans le panneau de droite : le mys­térieux jeune homme dans la four­naise, rapporté par Daniel, préfi­gure le Christ-Messie. Il domine les trois prophètes : Elie contem­ plant son corbeau, Jérémie ployant sous le joug, oracle symbolique de la captivité d'Israël, puis Jean­ Baptiste, qui ferme l'Ancienne Alliance et regarde le Christ, le proclamant Messie. En bas, les vases du temple brisés.

LE CHRIST EN GLOIRE, SAUVEUR DU MONDE

Le vitrail central montre dans sa lunette supérieure, l'Agneau, signe des péchés pardonnés. Dans l'œil de bœuf, le symbole trinitaire. Le Jésus en majesté emprunte son visage au Jésus de la catacombe de Priscille à Rome. La nuée des té­ moins sortant des tombeaux, res­suscités, monte vers lui, l'Agneau pascal qui ôte le péché du monde, en hymne de victoire. Epis et grappe rappellent le repas du Seigneur.

TEMOINS DU CHRIST ET EGLISE (quatrième vitrail)

Le coq en haut symbolise la vigilance à laquelle l'Eglise est appelée jusqu'à l'avènement glorieux du Seigneur. L'Eglise s'ouvre à tous les peuples de la terre et à leurs cul­tures. Cette ouverture est représen­tée par la vision de Pierre et par l'ange noir jouant le saxophone. Celui-ci est symétrique de l'ange blanc à la trompette du deuxième vitrail. On voit Pierre et Paul, les deux piliers de la mission. Marie, la mère de Jésus, Marie de Mag­ dala, Enée l'impotent et Etienne le premier martyr. Le bateau de l'œcuménisme et la lampe, sym­bole de la Parole de Dieu. Les flam­mes évoquent l'effusion du Saint­ Esprit.

L'ACCOMPLISSEMENT FINAL (cinquième vitrail)

Il est inspiré par l'Apocalypse. L'ange dans le soleil, en haut, ex­prime la plénitude de la gloire, et la lumière de la révélation de Dieu. La chute du dragon affirme la con­damnation définitive du mal. Le séraphin proclame la Bonne Nou­ velle de la victoire des forces de la vie. L'apôtre Jean annonce, entouré par les anges chantant et dansant, la joie de l'avènement du Royaume de Dieu. Le panneau final est mar­qué par l'oméga, symétrique de l'alpha du commencement.