Qu’est-ce que le péché originel ? Genèse 3 ,1-19 Pasteure Françoise Gehenn

Saint-Paul Dimanche 5 mars 2017
« Qu’est-ce que le péché originel ? » Genèse 3 /1-19 Prédication: Françoise Gehenn, pasteure retraitée à Obernai

A Obernai, vient de s’ouvrir une boulangerie de pain sans gluten qui porte le nom idyllique d’« Éden ». J’ai demandé le pain le plus simple, le plus basique et j’ai découvert qu’il s’appelle « l’Originel ». Pourquoi ce nom ? Ai-je demandé. La réponse : « Nous nous appelons l’Éden, alors notre pain de base se nomme l’originel. » Ma réaction a été spontanée: « tant que ce n’est pas le péché originel ! » ai-je déclaré et la jeune boulangère de poser la question : « Qu’est-ce que le péché originel ? Est-ce la gourmandise? » Après lui avoir affirmé que le péché originel n’était pas la gourmandise, j’étais bien embarrassée pour lui répondre en quelques mots. J’ai pensé alors au texte de la prédication d’aujourd’hui Gen 3/1-19 qui pose exactement la même question : « Qu’est-ce que le péché originel ? ». A notre tour maintenant de nous poser aussi cette question et d’y réfléchir.

Le récit de Genèse 3/1-19 est un des plus connu de la Bible, un de ceux sur lesquels on a le plus glosé mais rares sont ceux qui ont répondu vraiment à la question du péché originel. On a parlé de la désobéissance envers Dieu, de la débauche. Longtemps on a évoqué le péché de la chair, la sexualité devenait alors le péché par excellence. Mais est-ce vraiment le sens de notre passage ? Les récits de la création ont été rédigés au temps où Israël était en exil à Babylone (600 ans avant J.C.). Période de souffrance extrême pour le peuple d’Israël qui vivait alors à des milliers de kilomètres de sa terre natale et qui ne comprenait pas pourquoi Dieu les avait abandonnés ainsi à une nouvelle forme d’esclavage et de servitude. Dieu, dans leur credo, est davantage célébré comme Dieu créateur de l’univers que comme le Dieu libérateur qui les a fait autrefois sortir du pays d’Égypte. C’est ainsi que sont nés ces magnifiques chants de la création que sont les deux premiers chapitres de la Genèse. La création de Dieu est bonne et belle, Dieu est le créateur du monde entier, les forces de la nature ne sont pas des dieux mais des créations divines. Ainsi Israël se démarque des croyances babyloniennes. Mais si la création est bonne, pourquoi le mal existe-t-il ? Pourquoi est-il inhérent à notre humanité ? Le chapitre de Genèse 3 essaie de  répondre à cette question.

Beaucoup de nos contemporains se révoltent contre Dieu. Comme aumônier, j’ai souvent été le témoin de cette révolte. Si Dieu est bon, il ne peut vouloir le mal et s’il est tout puissant, il devrait pouvoir l’éradiquer. Par contre, notre récit désigne le serpent comme responsable de l’entrée du mal dans le monde, et met sur le compte de la faiblesse humaine d’avoir succombé à la tentation. Mais qu’elle est cette tentation ? C’est là que notre texte de Genèse 3 donne une réponse à la question de la boulangère. Le péché par excellence est de vouloir être comme Dieu. On rejoint ici le mythe de Prométhée mais la différence c’est que Adam et Eve ne sont pas des dieux mais des êtres humains tout à fait ordinaires, ils sont le prototype de notre humanité. Un arbre leur est interdit. Il ne s’agit pas de l’arbre de vie comme dans la mythologie babylonienne mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mention unique dans les récits fondateurs! Mais en quoi, la connaissance peut-elle être un péché, une faute ? La connaissance dans le premier testament n’est pas un savoir purement intellectuel, mais une expérience vitale aussi bien physique que mentale. En mangeant le fruit de cet arbre Eve et Adam ont fait l’expérience du bien et du mal, ils ont voulu être comme Dieu, son égal, son rival, ils n’ont pas supporté les limites que Dieu leur avaient fixées.

Mais comment le serpent a-t-il réussi à les faire succomber à cette tentation ?

  • Il a d’abord cherché à les faire douter, ainsi il a rompu la relation de confiance qui existait entre les humains et Dieu : « Vraiment Dieu vous a dit… » Le serpent suggère que Dieu n’est pas aussi généreux que l’on pourrait le croire mais qu’il est capable de frustrer les humains en les privant du meilleur. des fruits. Le serpent insinue que Dieu pourrait aussi être méchant.
  • Le serpent invite l’homme à toujours aller au-delà de ses limites et de les rejeter. (Exemple du récent colloques de bioéthique à Strasbourg : qu’en sera-t-il de l’homme augmenté, serons-nous capables d’éradiquer la mort ?) Cette tentation est particulièrement grave aujourd’hui où l’avidité de l’homme qui veut toujours aller au-delà de la nature et de ses limites, épuise la création, creuse les inégalités sociales et essaie par le moyen de la technique de se rendre maître de la vie et de la mort.

Quelles sont alors les conséquences d’avoir succombé ainsi à ces deux tentations ?

Après la « faute », les réalités vécues semblent être les mêmes qu’avant la faute, mais ce qui faisait de l’humain un ami, un collaborateur de Dieu (le travail, la sexualité, le plaisir de profiter du jardin) est perturbé, traversé par des épreuves, des peines et des souffrances. La méfiance dont ont fait preuve Eve et Adam ne les coupe pas seulement de Dieu mais elle les coupe l’un de l’autre, elle brise l’égalité et introduit chez l’homme une volonté de domination. (Cf la tentation du Christ où les 3 tentations sont reliés au désir de toute puissance)

A partir de là, le mal et le bien seront toujours mêlés, l’homme et la femme les subiront mais seront aussi les acteurs de leur réalisation.

Le péché originel c’est donc une coupure et une séparation avec Dieu.

La bonne nouvelle de notre texte c’est que malgré cette séparation, cette coupure relationnelle avec le créateur, Dieu n’abandonne pas les humains : « Où es-tu ? » demande Dieu à Adam. La réaction d’Adam est une réaction de peur et de honte, il se cache, alors que Dieu le cherche inlassablement. Dans Réforme la semaine dernière, le philosophe Philippe Gaudin déclarait au sujet de sa foi: « Je n’ai jamais cherché Dieu, j’ai plutôt le sentiment d’avoir été rattrapé par lui ». St Augustin aussi s’écriait : « Je ne te chercherais pas, si tu ne m’avais pas déjà trouvé ». Dans toute l’histoire du premier testament, Dieu veut rétablir une relation de confiance avec son peuple et les humains. Pour cela, il conclut de nombreuses alliances : « Je suis votre Dieu, vous êtes mon peuple ». Mais souvent la réponse du peuple a été décevante, les êtres humains se sont éloignés de Dieu pour courir après des idoles. Dieu renouvelle ses tentatives de réconciliation, il invite inlassablement les humains à se convertir et à vivre. Que pouvons-nous répondre à ceux qui accuse Dieu d’être l’auteur du mal ou du moins de le laisser agir dans le monde ? Un élément de réponse, c’est que la Genèse fait de nous des cocréateurs de Dieu. C’est par nous que le mal peut être combattu, c’est par nous qu’une nouvelle humanité pourra voir le jour. « Où es-tu ? C’est la question que Dieu peut nous poser chaque jour. Il nous faut retrouver la confiance en Dieu, retrouver et construire une relation avec lui. Cette relation de foi et d’espérance transforme alors notre réalité quotidienne, elle nous fait voir au-delà de nos souffrances et du mal. Pour nous, une porte s’est ouverte, une main s’est tendue, Dieu est venu vers nous, il s’est abandonné, il s’est livré entre nos mains dans la personne de son Fils Jésus-Christ. Nous sommes invités à accueillir cette grâce et à en vivre.

Amen