« La Parole de Dieu, une libération face à la peur ? » Hébreux 13,5-6 Monsieur Christian Grappe

Saint-Paul AUP Culte du dimanche 19 février 2017
« La Parole de Dieu, une libération face à ma peur? Hébreux 13,5-6 au sein d’Hébreux 13,1-9 Prédication de Monsieur Christian Grappe

 Le texte:

Que l’amour fraternel demeure.
N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges.
Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux, de ceux qui sont maltraités, puisque vous aussi, vous avez un corps.
Que le mariage soit honoré de tous et le lit conjugal sans souillure, car les débauchés et les adultères, Dieu les jugera.
5 Que l’amour de l’argent n’inspire pas votre conduite ; contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit : Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas !
6  Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire :
Le Seigneur est mon secours,
je ne craindrai rien ;
que peut me faire un homme ?
Souvenez-vous de vos dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez comment leur vie s’est terminée et imitez leur foi.
Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et pour l’éternité.

Prédication (Christian Grappe)

Quand on est seul et que l’on a peur, la présence d’un autre peut tout changer.
Quant on est livré à soi-même et que l’on tremble, un bruit, un son, une voix que l’on entend peut tout changer. S’il s’agit d’un bruit, d’un son ou d’une voix inconnus, la peur peut s’accroître ! S’il s’agit d’un bruit, d’un son ou d’une voix inconnus, la peur peut s’apaiser car on n’est plus seul, et l’espoir renaît.
Louis Aragon a bien exprimé cela, même en quelques vers, qui certes ne parle pas précisément d’une voix, mais plutôt d’une présence qui vient tout changer :
« Il n’aurait fallu
qu’un moment de plus
pour que la mort vienne.

Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne ».

Le texte d’Hébreux que nous venons de lire nous parle du privilège insigne qui est le nôtre dès lors nous entrons dans une relation confiante avec Dieu en Christ. Une relation fondée sur l’Écriture et plus encore sur la Parole.

Reprenons l’affirmation qui se trouve en son cœur :
« Contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit :
Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas !
Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire :
Le Seigneur est mon secours,
je ne craindrai rien ;
que peut me faire un homme ?

 Le passage peut paraître anodin, banal.
Et pourtant.
Il résume ce qui est au cœur de tout le sermon aux Hébreux dont il est extrait et illustre comme lui la formule qui figure en exergue de ce culte : la Parole de Dieu peut être et a vocation à être une libération face à la peur.

Ce que l’on a coutume d’appeler l’épître aux Hébreux est en fait un sermon qui tourne tout entier autour de la Parole.
Dès les premiers versets retentit en effet cette affirmation :
« À bien des reprises et de bien des manières, Dieu ayant parlé aux pères en les prophètes,
En cette fin des jours, Il nous a parlé en un Fils, qu’Il a établi héritier de toutes choses. » (He 1,1-2)

D’emblée, le sermon se trouve placé ainsi sous l’égide du Dieu qui parle.
Un Dieu qui a parlé à bien des reprises et de bien des manières par les prophètes.
Un Dieu qui s’est exprimé, en un temps jugé dernier, en Jésus-Christ.
Un temps jugé dernier parce qu’avec lui commence l’accomplissement de toutes choses.

Et le Dieu qui parle est omniprésent en Hébreux.
Le sermon aux Hébreux est en effet le seul écrit du Nouveau Testament où jamais l’Écriture, qui est pourtant fréquemment citée – près de quarante fois, vous m’accorderez que ce n’est pas rien –, n’est citée en tant que telle.
C’est le seul écrit donc où l’Écriture est toujours conçue non pas en tant qu’écriture mais en tant que parole, parole placée dans la grande majorité des cas dans la bouche de Dieu.
Et après Dieu, celui qui s’exprime le plus souvent, c’est le Fils ; ce Fils à travers lequel Dieu s’est exprimé de façon ultime, dernière, et en même temps comme jamais.

La relation du Fils au Père est conçue elle-même comme un dialogue, ce qu’illustre He 5,7-10 :

« 7C’est lui – le Fils – qui, au cours de sa vie terrestre, offrit prières et supplications avec grand cri et larmes à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de sa soumission.
8Tout Fils qu’il était, il apprit par ses souffrances l’obéissance,
9et, conduit jusqu’à son propre accomplissement, il devint pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel,
10ayant été proclamé par Dieu grand prêtre dans la ligne de Melkisédeq. »

On trouve ici au départ le Fils qui s’adresse au Père, qui endure la souffrance et la mort et qui, en même, se trouve exaucé dans la mesure où, alors même qu’il donne sa vie, il accède au Père qui le proclame grand-prêtre selon l’ordre de Melkisédeq – une proclamation qui relève elle-même de la Parole.

Après cette mise en perspective, revenons- nous au texte que nous avons lu.

C’est une exhortation adressée à la communauté des croyants. Et une exhortation qui demeure, pour l’essentiel, d’une très grande actualité.
J’en reprends les termes successifs.
Souhaiter que l’amour fraternel demeure, c’est là le fondement de toute vie communautaire (He 13,1).
Appeler à ne pas négliger l’hospitalité et rappeler qu’à travers elle certains – et on pense ici au premier chef à Abraham à Mamré – ont pu, sans le savoir, accueillir des anges, c’est rappeler que Dieu vient toujours nous rendre visite à travers l’étranger, le pauvre, l’exclu, l’opprimé et que, en sachant ouvrir nos portes et notre cœur, c’est aussi Dieu que l’on accueille. (He 13,2)
Se souvenir de ceux qui sont prisonniers et de ceux qui sont maltraités, c’est se montrer solidaire (He 13,3). Et de solidarité comme d’hospitalité, notre monde a aujourd’hui plus que jamais besoin.
Et c’est ensuite dans un amour sans faille que les croyants sont appelés à vivre la vie conjugale (He 13,4).

On en arrive ainsi au passage que j’ai plus particulièrement retenu et que je vous relis une nouvelle fois :
« Contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit :
Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas !
Si bien qu’en toute assurance nous pouvons dire :
Le Seigneur est mon secours,
je ne craindrai rien ;
que peut me faire un homme ? »

Il est précédé immédiatement par cette appel :
« Que l’amour de l’argent n’inspire pas votre conduite » (He 13,5a).

On a affaire, là encore, à un appel plus actuel que jamais, à une époque où l’argent est roi, en un temps où la finance est reine et impose ses choix en creusant du même coup injustice et inégalités, à l’échelle de la planète tout entière et aussi dans nos villes et dans nos quartiers.

Et pour résister à la fascination de l’argent, quel est le remède qui est proposé ?
« Contentez-vous de ce que vous avez ! »
Mais qu’avons-nous, me direz-vous ?
Justement, la Parole !

Et c’est précisément ce que laisse entendre le texte en indiquant :
« Contentez-vous de ce que vous avez, car le Seigneur lui-même a dit :
Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » (He 13,5b)

Ce qui peut nous donner la force de résister, ce qui peut nous donner de renoncer à l’argent pour d’autres valeurs, qui ne se quantifient pas quant à elles, c’est une conviction fondée sur une parole, sur la Parole :

« Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! » (He 13,5c)

 La force que donne la Parole, c’est la conviction d’un soutien, d’un soutien dans la lutte pour l’égalité, la justice, la fraternité, l’hospitalité, la solidarité, la fidélité, l’amour et l’amitié.

Et cette force est telle qu’elle nous permet de dire :
« Le Seigneur est mon secours,
je ne craindrai rien ;
que peut me faire un homme ? » (He 13,6)

 Quelques paroles d’explication sont encore nécessaires ici.
Elles consisteront en trois points :

Tout d’abord, ce que cette force de la Parole permet de dire :
« Le Seigneur est mon secours, je ne craindrai rien ; que peut me faire un homme ? », c’est une citation du Psaume 118.

Mais à bien y regarder, cette citation pourrait avoir été prononcée par le Fils lui-même au cœur de sa Passion, au cœur de son dialogue avec le Père qui a été évoqué tout à l’heure. Il s’enfonce dans cette Passion au mépris de la mort, convaincu que plus important que tout est précisément le dialogue avec le Père. Et au moment même où il donne sa vie, il rejoint le Père ou le Père le rejoint, cela revient au même

Dans sa passion, Jésus continue de mener, et parachève en fait, sa proclamation de l’irruption du Royaume avec le surcroît d’égalité, de justice, de fraternité, d’hospitalité, de solidarité, de fidélité, d’amour et d’amitié qu’elle génère. Et il le fait, porté qu’il est par la force de la Parole et le courage qu’elle donne, et cela jusqu’à ces mots qu’il prononcent sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu as abandonné » (Mc 15,34 et //), mots empruntés au début d’un psaume (Ps 22) dans lequel un juste, livrant un combat apparemment perdu s’en remet pourtant à Dieu qui finit par l’exaucer.

L’exemple du Fils illustre ainsi que la Parole de Dieu constitue bien une libération face à la peur !
Il est important de noter aussi – et c’est le deuxième sur lequel je voudrais insister – que cette parole qui permet de conjurer la peur, le Fils la trouve dans l’Écriture elle-même, Écriture qui lui parle et qui s’adresse à lui et lui permet d’entrer en dialogue avec le Père, dans la situation qu’il vit.
C’est là quelque chose d’essentiel, je crois. Le dialogue avec Dieu, la rencontre de sa parole commence avec la lecture de l’Écriture. La prière permet de prolonger ce dialogue et, pour ceux qui ont coutume de les lire, elle emprunte souvent des mots aux psaumes eux-mêmes. Et la réponse de Dieu, sa parole même, peut passer par telle parole de ces psaumes ou d’autres écrits qui se trouvent dans la Bible, dès lors que l’on a appris non seulement à les lire mais encore à les entendre.
Oui, l’Écriture est Écriture, mais elle a toujours à nouveau vocation à devenir Parole pour nous aider à vivre et nous rejoindre au cœur même de nos questionnements, de nos espérances, de nos doutes et de nos peurs.

Troisième et dernier point.
Je l’ai dit en commençant, le sermon aux Hébreux célèbre le Dieu qui parle et qui a parlé comme jamais en le Fils.
Il se trouve que jamais, jusque-là, dans le sermon, l’auteur ni les destinataires n’ont pris la parole.
Nous en sommes désormais à la trente-huitième et aussi à la dernière des citations scripturaires d’Hébreux et voilà que cette citation se trouve précisément sur les lèvres de l’auteur et des destinataires.
Confrontés au Dieu qui parle et qui a parlé comme jamais en le Fils, voilà qu’ils trouvent à leur tour la force et le courage de prendre la parole, de faire leur la Parole – avec un P majuscule cette fois – et de conjurer la peur en affirmant :

Le Seigneur est mon secours,
je ne craindrai rien ;
que peut me faire un homme ?

Puissions-nous, dans notre quotidien, vivre la même expérience et intérioriser, à notre tour, l’Écriture pour qu’elle devienne Parole, et que cette Parole nous donne tous les courages.
Le courage de bannir et les haines et les peurs et le courage aussi de faire tomber des murs pour édifier des ponts !

Amen !